La Coupe d’Afrique des nations (CAN) n’est pas qu’un tournoi. C’est une mémoire collective, une fresque de dribbles, de cris et de chiffres qui racontent, à eux seuls, soixante ans de football africain au sommet. Des stades en fusion, des héros éternels, des records qui traversent les époques : la CAN s’écrit comme un roman, édition après édition.
Au sommet du panthéon, un nom domine. Samuel Eto’o. Le Camerounais reste, à ce jour, le meilleur buteur de l’histoire de la compétition avec 18 buts en 29 matches. Derrière lui, deux autres géants : l’Ivoirien Laurent Pokou (14 buts en 12 matches) et le Nigérian Rashidi Yekini (13 buts en 20 matches), incarnation de la rage de vaincre et de l’efficacité brute.
Pokou trône aussi ailleurs dans les livres d’histoire. Il détient le record de buts inscrits dans un seul match avec 5 réalisations contre l’Éthiopie (6-1, 1970). Mais le trophée du tueur de tournoi revient au Congolais Ndaye Mulamba, auteur de neuf buts lors de la seule édition 1974. Une marque jamais égalée.
Les passeurs, les soldats, les gardiens
À la création, d’autres hommes ont fait le jeu. Yaya Touré, chef d’orchestre de la Côte d’Ivoire, reste le meilleur passeur de l’histoire avec 7 passes décisives en 29 matches. Le relais parfait d’une génération dorée.
Endurance, fidélité, longévité. Certains ont vécu la CAN comme une carrière parallèle. Rigobert Song (Cameroun), Ahmed Hassan (Égypte), André Ayew (Ghana) et Youssef Msakni (Tunisie) ont tous disputé huit éditions. Song, lui, a repoussé toutes les limites avec 36 matches joués, record absolu.
Et puis, il y a le dernier rempart. Essam El-Hadary, quatre fois champion d’Afrique avec l’Égypte, incarne la longévité extrême. A 44 ans, il était encore sur les pelouses lors de la CAN 2017. Un monument.
Des chiffres qui font l’histoire
Sur le plan collectif, l’Égypte exerce toujours son magistère avec 7 titres, dont un triplé entré dans la légende (2006, 2008, 2010). Le Nigeria, lui, règne sur les podiums avec 16 présences dans le dernier carré. Mais il partage avec le Ghana un autre record plus cruel : cinq finales perdues.
La Tunisie détient la palme de la régularité avec 16 participations consécutives. La constance à l’état pur.
Dans les instants gravés, certains chiffres brillent comme des éclats de souvenir : le but le plus rapide signé Ayman Mansour en 23 secondes (1994), la séance de tirs au but la plus interminable (Cameroun – Côte d’Ivoire, 12-11 en 2006), et une finale restée inégalée en ferveur : Égypte – Cameroun 1986, disputée devant 120 000 spectateurs au Caire.
Et depuis 2022, la CAN est entrée dans une autre ère avec l’introduction de la VAR, modifiant à jamais le rapport à l’arbitrage et au suspense.
Maroc 2025 : terre de nostalgie et de promesses
La 35e édition se déroulera au Maroc, du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, avec 24 nations en lice. Le tenant du titre, la Côte d’Ivoire, viendra défendre sa couronne dans un royaume qui rêve à nouveau de grandeur.
Le Maroc n’a qu’une étoile sur son blason continental. Titre décroché en 1976, en Éthiopie, sous le brassard d’Ahmed Faras, Ballon d’Or africain 1975, disparu le 16 juillet 2025 à 78 ans. Une victoire au parfum d’épopée. Succès contre l’Égypte et le Nigeria, nul décisif face à la Guinée, et un sacre sans finale, mais avec panache.
Presque un demi-siècle plus tard, les Lions de l’Atlas retrouvent la CAN à domicile avec l’ambition et l’histoire dans le regard.
La CAN n’est pas une simple compétition. C’est un héritage en mouvement. Et chaque édition ajoute une page à la légende.
