Le Burkina Faso veut donner une nouvelle dimension à son football en misant sur les talents régionaux. Le président Ibrahim Traoré a fait adopter, jeudi 8 octobre 2026, un décret portant création de la Ligue de la Souveraineté. Cette compétition vise à rapprocher le football des populations et à offrir davantage de visibilité aux joueurs évoluant loin des grandes villes.
Le projet intervient dans un contexte marqué par les difficultés de la sélection burkinabè et les critiques formulées récemment par le chef de l’État. Le 5 octobre, lors d’une rencontre avec les Étalonnes U15, Ibrahim Traoré avait déclaré : « Notre football est malade, et nous allons trouver des remèdes. »
Trois jours plus tard, la création de cette nouvelle ligue constitue une première mesure annoncée pour répondre à ce constat.
La Ligue de la Souveraineté compte réunir 20 équipes. Selon les premières modalités présentées par la ministre des Sports, de la Jeunesse et de l’Emploi, Annick Pikbougoum, chaque région sera représentée. Le Kadiogo, qui comprend Ouagadougou, disposera de trois équipes, tandis que le Guiriko, où se trouve Bobo-Dioulasso, en comptera deux.
Ibrahim Traoré veut regelementer le secteur
L’objectif est de réduire les inégalités entre les principaux centres urbains et les autres régions du pays. Ibrahim Traoré relève notamment la concentration des meilleurs joueurs dans les grandes villes, le manque de stades adaptés et l’insuffisance des compétitions régulières dans plusieurs localités.
Au-delà du football, d’autres disciplines sportives pourraient également intégrer cette initiative afin de repérer de nouveaux talents. La date de lancement, le budget et le règlement de la compétition restent toutefois à préciser. Cette annonce intervient quelques jours après la lourde défaite des Étalons face à l’Argentine (7-0), lors d’un match amical disputé le 3 octobre.
La sélection burkinabè était composée de joueurs de moins de 23 ans. Selon la Fédération burkinabè de football (FBF), l’annulation sans préavis du vol initialement prévu depuis le Maroc avait perturbé la préparation de la rencontre. La fédération avait alors sollicité des jeunes joueurs en urgence pour éviter que le Burkina Faso ne manque ce rendez-vous.
En recevant les Étalonnes U15, finalistes du championnat scolaire africain en avril au Zimbabwe, Ibrahim Traoré avait salué la mobilisation des joueurs U23. Il avait néanmoins insisté sur la nécessité de s’attaquer aux difficultés structurelles du football national.
La Ligue de la Souveraineté initiée par Ibrahim Traoré s’inscrit dans cette volonté de réorganiser le secteur, même si ses effets dépendront des moyens engagés et de ses conditions de fonctionnement.
La mise en place de cette compétition soulève plusieurs questions, notamment sur son articulation avec les activités de la FBF, présidée par Oumarou Sawadogo depuis 2024.
La gestion des licences, l’homologation des matchs et l’intégration de la nouvelle ligue au calendrier national devront être clarifiées. Le respect des règles de la FIFA sera également un enjeu, l’instance internationale interdisant les ingérences politiques dans la gestion des fédérations nationales.
Pour le Burkina Faso, le défi consiste donc à développer la pratique du football dans les régions tout en assurant une coordination avec les structures sportives existantes.
Cette ambition rejoint également le projet de candidature commune des pays de l’Alliance des États du Sahel à l’organisation de la CAN 2032. Le développement d’infrastructures sportives au-delà de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso pourrait contribuer à cet objectif.
